Investissements : comment le Maroc s'y prend avec l'Afrique

Plus rien ne veut, ne peut, désormais se penser en matière d'affaires au royaume chérifien sans y associer le continent. La preuve.

Globalement, et malgré la forte présence dans certains secteurs tels que la finance et les télécoms, la présence marocaine en Afrique demeure faible. Les échanges commerciaux entre le Maroc et l'Afrique subsaharienne représentent à peine 7 % des exportations du Maroc et 2,6 % du commerce marocain. Les échanges commerciaux du royaume avec l'Afrique ont certes augmenté ces dernières années de 20 %, soit une hausse de plus de 1,5 milliard de dollars, mais sont limités par rapport à d'autres acteurs de poids sur le continent. Le Maroc exporte entre autres des produits alimentaires (37 %), chimiques (20 %), machines et matériels de transport (21 %). Le pays importe des combustibles (51 %), des minerais et métaux (14 %) et des produits alimentaires (10 %). Deuxième investisseur interne du continent après l'Afrique du Sud, les IDE du Maroc en Afrique subsaharienne se montent à 360 millions de dollars en 2009... Loin derrière la Chine avec ses 44 milliards de dollars...

Le Maroc veut passer la surmultipliée...

Ce sont ces faits et ces chiffres que le Maroc veut radicalement changer. La tournée en début d'année du roi Mohammed VI dans plusieurs pays africains et la signature de conventions bilatérales avec les différents pays visités constituent pour le Maroc la preuve d'un tropisme africain croissant du royaume. Un renforcement des relations bilatérales que le Maroc veut développer en lien avec l'Europe et notamment la France.

... sur les traces du premier partenaire africain

La France reste aujourd'hui le premier partenaire économique du Maroc, avec plus d'un millier d'entreprises implantées dans le royaume. Les entreprises françaises ont représenté plus du tiers des 3,5 milliards d'investissements directs étrangers (IDE) au Maroc en 2013, soit près de 1,3 milliard d'euros.

Pour Jack Lang, président de l'Institut du monde arabe, qui organisait le 25 novembre dernier un colloque sur "Les enjeux clés du développement économique marocain". "C'est une bonne chose pour le Maroc, d'abord, le pays a une position géographique privilégiée et il faut souligner l'intelligence des dirigeants marocains et des chefs d'entreprises de nouer des relations étroites et avec le Nord et avec le Sud. En même temps, les Français et d'autres peuvent nouer des coopérations avec le Maroc qui peuvent se traduire par des investissements communs en Afrique". Soulignant que la coopération économique franco-marocaine est au beau fixe, malgré les quelques tensions diplomatiques entre les deux pays au premier trimestre. Pour preuve le déblocage récent d'une enveloppe de 25 millions d'euros, par le ministère français de l'Économie, "pour soutenir le développement des exportations vers le continent africain, via des garanties de prêts aux PME marocaines ou franco-marocaines".

L'heure de l'ouverture a sonné pour les entreprises marocaines

Après une croissance très rapide ces dernières années, de nombreux groupes ont stabilisé leurs fondamentaux et sont prêts à sortir des frontières. L'Afrique devrait offrir des relais de croissance pour un marché marocain qui commence à saturer. En renforçant sa position de porte d'entrée de nombreux industriels européens, notamment les PME françaises et le relais des entreprises africaines.

Pour de nombreux dirigeants économiques français, l'une des solutions pour revenir en Afrique subsaharienne est de passer par le Maroc. Un peu comme ce qui a été fait dans le cadre du Plan d'accélération industrielle lancé début avril avec la co-localisation d'activités Europe-Maroc. Jean-Marie Grosbois, président de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc (CFCIM) estime que "simplement nous sommes aussi le reflet de la situation économique. Si les affaires ne se présentent pas forcément très bien aujourd'hui en raison d'un certain nombre de crises qui secouent la vieille Europe et la France, bien évidemment nous le ressentons également ces à-coups sur le nombre de sociétés qui nous sollicitent habituellement."

Un vrai regard commun, une volonté de partage

Selon lui, "malgré son potentiel, le Maroc a encore besoin des compétences françaises, notamment, qui doivent toutefois revoir leur approche. Il faut que les gens qui viennent s'installer au Maroc aient une vraie vision de partage avec un associé marocain et également une vision de partage sur la conquête de ce qu'ils veulent entreprendre pour le marché africain. "Renault à Tanger en est l'exemple vivant aujourd'hui, c'est celui qui fonctionne et qui est reconnu mondialement, donc vous pouvez avoir des idées et un coût de développement de vos idées moins chers qu'en Europe, vous pouvez assembler un certain nombre de choses au Maroc, vous pouvez bénéficier des accords de libre-échange. Le Maroc est un pays qui a un certain nombre d'accords de libre-échange qui vous permettent de vous projeter à l'extérieur", explique-t-il. Plutôt que de prendre un produit fini venant de France et allant en Côte d'Ivoire ou au Mali par exemple, les entreprises européennes peuvent avoir des économies d'échelle en produisant au Maroc et en réexportant leur produits.

Le tropisme africain du Maroc, pourquoi maintenant ?

L'Afrique répond à un développement naturel des activités marocaines. La coopération entre le Maroc et l'Afrique subsaharienne a été marquée tout d'abord par l'implication des entreprises publiques marocaines notamment l'ONE et l'Onep dans la mise en oeuvre de différents projets ayant trait au développement d'infrastructures telles que la construction de barrages, de télécommunications. Cette coopération a connu dans un second temps, l'association du secteur privé en Afrique subsaharienne, actuellement présent dans des domaines des banques, des mines, des télécoms ou encore du tourisme et pour lequel l'Afrique est surtout devenue une zone de relais de croissance. 


"Dans les secteurs de la finance et de l'économie, le royaume chérifien est en passe de devenir un véritable hub pour les investisseurs étrangers sur le continent", dit El Hadi Chaïbaïnou, directeur général du Groupement professionnel des banques marocaines. "Nous considérons qu'avec la confiance dont nous jouissons en Afrique avec le concret, le sérieux et l'innovation, nous sommes convaincus que cette place financière, la Casa Finance City, va apporter justement des moyens structurés modernes à cette coopération sud-sud qui est aujourd'hui citée en exemple. Les banques marocaines le prouvent à chaque instant, à chaque niveau, et leur stratégie et vision d'il y a quelques années est devenue une réalité sans exclure des partenariats avec d'autres zones pour servir l'Afrique".

Ainsi à l'image de ce que disait feu le roi Hassan II, "le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique". Sa déclinaison économique apporte aujourd'hui au Maroc une partition subsaharienne bien enthousiasmante.

Par Viviane Forson - Source de l'article Afrique Le Point

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