Commerce agricole euro-méditerranéen - Déséquilibre des échanges et différenciation des relations

L’Union européenne (UE) a connu de très bons résultats en 2011  pour  son commerce agricole, enregistrant un surplus de 7 milliards d’euros environ. Au niveau mondial, UE et Etats-Unis font désormais jeu égal en termes d’exportations agricoles, avec 105 milliards d’euros (soit 7% des exportations totales de l’UE), alors que le Brésil avec 59 milliards, la Chine avec 31 milliards et l’Argentine avec 30 milliards complètent le classement des 5 plus grandes puissances exportatrices agricoles de la planète.

L’UE reste parallèlement le premier importateur mondial de denrées agricoles avec près de 98 milliards d’euros en 2011 (soit 6% des importations totales de l’UE), devant les EtatsUnis (74 milliards), la Chine (63 milliards), le Japon (48 milliards) et  la Russie (27 milliards). Parmi les partenaires commerciaux de l’UE, les Etats-Unis avec 14%, la Russie avec 10% et la Chine/Hong-Kong avec  9% sont  les  trois  destinations privilégiées des exportations agricoles. Quelles sont  donc  les dernières tendances pour le commerce agricole  au niveau  euro-méditerranéen au moment où les relations politiques dans cet espace se recomposent ?
Un vif débat politique en Europe a été observé concernant l’accord de libéralisation agricole avec le Maroc. Après de longs mois de négociations, le Parlement européen a donné son feu vert le 22 février 2012 à cet accord qui ouvre une nouvelle période commerciale avec le Maroc. Cette avancée est venue compléter le dispositif mis en place depuis 2006 par la Commission européenne afin de libéraliser les échanges agricoles avec les pays partenaires méditerranéens (PPM). Outre le Maroc en 2012, la Jordanie en 2007, Israël et l’Egypte en 2009, et les Territoires palestiniens en 2011 ont signé un accord de libéralisation agricole avec l’UE, dans des conditions très différentes selon les pays, et sur une base exclusivement bilatérale. Avec la Tunisie, les prochains mois devraient être marqués par une accélération des négociations afin d’obtenir un accord agricole assez proche de celui défini par Bruxelles avec le Maroc.
L’objectif de cette note n’est pas de revenir sur les enjeux et les risques liés à l’ouverture du commerce agricole entre l’UE et les PPM. Alors que les récents événements dans la région ouvrent une période de transitions politique, sociale et économique, il paraît utile de souligner que les produits agricoles demeurent stratégiques pour les pays méditerranéens et d’insister sur les tendances qui se confirment en matière de commerce agricole entre l’UE et les sept pays partenaires arabes méditerranéens (PAM), sur lesquels cette note entend mettre l’accent.
Des dynamiques globales qui s’accélèrent
La dépendance des PAM envers les marchés internationaux se renforce, conséquence d’un
régime de contraintes multidimensionnelles (écologiques, démographiques, logistiques) et d’un pouvoir d’achat plus fort des populations ayant peu à peu  entrainé une forte diversification de la demande alimentaire.
Entre 1990 et 2010, le volume des importations agricoles a triplé pour les quatre pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Maroc et Tunisie), passant de 9 à 27 milliards d’euros.
Ces sommes représentent une part considérable dans les budgets publics. Dans les termes
de l’échange, il est à noter qu’en 2010, la part des produits agricoles représentait 18% des importations totales de l’Algérie et du Liban, 23% de l’Egypte, 14% du Maroc et 11% de la Tunisie. En 2011, ces tendances se sont prolongées. L’Algérie a par exemple dépensé 2,8 milliards de dollar pour l’achat de son blé, denrée sociopolitiquement stratégique, soit une hausse de 125% par rapport à 2010.
Même si des efforts importants sont entrepris pour améliorer la compétitivité de leurs agricultures et leur insertion dans la globalisation commerciale, les pays arabes méditerranéens exportent moins qu’ils n’importent sur le plan agricole. Leur balance agrocommerciale est largement déficitaire et se creuse même pour la majorité des pays. Cela dit, il convient de rappeler que 20% des exportations totales du Maroc ou de l’Egypte étaient encore des produits agricoles en 2010.
Les bonnes performances agricoles, que ce soit dans le domaine des récoltes ou des ventes à l’étranger, permettent en outre de générer des revenus pour les populations rurales et agricoles, de fournir davantage de matière première aux industries et d’accroître les ressources fiscales des Etats. L’agriculture joue donc toujours ce rôle fondamental dans le développement des territoires et la création de richesses. En Tunisie, c’est le secteuragricole qui a ainsi permis d’atténuer la chute de la croissance économique en 2011.

Sébastien ABIS - Administrateur, Secrétariat Général, CIHEAM
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